Prix de poésie : les juges

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Rencontre avec Joséphine Bacon, juge Poésie


En attendant de connaître le verdict du jury du Prix de poésie Radio-Canada, découvrez à qui incombe la terrible tâche de choisir un lauréat parmi les finalistes. L'une de nos trois juges, la poète innue et parolière de Chloé-Ste-Marie, Joséphine Bacon, se prête au jeu du questionnaire Laferrière, version revue et corrigée du célèbre interrogatoire de Proust.


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1. Si vous étiez la petite Alice, choisiriez-vous de rester dans le monde magique de l'autre côté du miroir ou de revenir dans la réalité pour raconter votre histoire?
Je suis issue d'une tradition orale, j'aimerais donc revenir pour raconter la magie de l'histoire.


2. S'il y avait le feu chez vous quel objet précieux emporteriez-vous?
S'il y avait un feu chez moi, mes lunettes seraient les plus précieuses bien qu'elles soient remplaçables.


3. De quoi avez-vous encore peur?
J'ai peur de ne plus voir les étoiles qui se mirent dans les lacs de la toundra quand elles apparaissent dans le ciel de la nuit.


4. Souhaiteriez-vous avoir eu une enfance malheureuse si c'est la seule condition pour écrire une œuvre?
Je suis une enfant des pensionnats indiens, c'est là que j'ai appris à lire et à écrire, suis-je malheureuse, je ne sais plus.


5. Vous réveillez-vous la nuit pour lire ou pour écrire?
Parfois je me réveille la nuit, je vois rien autour alors c'est dans ma tête que j'écris.


6. Ressentez-vous de l'angoisse ou de l'excitation quand vous commencez à écrire?
J'aime être angoissée quand j'écris parce que cela me procure de l'inspiration.


7. L'obscurité vous apaise ou vous fait-elle peur?
Je me suis toujours posé cette question : que voit l'aveugle dans son obscurité que je ne vois pas? Et cela me fait peur.


8. Avez-vous de la réticence à jeter le moindre papier imprimé ou faites-vous le ménage constamment dans vos tiroirs?
J'hésite toujours quand vient le temps de faire le ménage de ma paperasse, j'ai toujours des regrets.

9.  Vous voyez-vous en chat ou en chien?
Je préfèrerais être un aigle plutôt qu'un chat ou un chien, j'aime être libre.


10. L'amour éteint-il la flamme créatrice chez vous ou l'allume-t-il?
Mon seul amour s'appelle Mes Enfants, je trouve en eux la plus belle création.


11. Vous rappelez-vous de vos rêves ou sont-ils trop flous?
Les Innus, du temps qu'ils étaient nomades, vivaient en parallèle de leurs rêves, mes rêves ont été mes alliés, aujourd'hui, ils sont devenus lointains et flous.


12. Votre couleur préférée?
Le turquoise est une couleur qui me rappelle de belles choses, une mer calme, une couleur de l'arc-en-ciel et les Indiens Navajos qui font des bijoux avec cette pierre qui est la turquoise.


13. Votre saison préférée?
J'aime la saison de l'apparition de la verdure, c'est la cinquième saison ou le deuxième printemps.


14. Aimez-vous la contrainte?
L'inspiration est difficile quand on accepte d'écrire sur commande, ça devient facilement une contrainte.


15. Votre but est-il de vivre pour écrire ou d'écrire pour vivre?
J'écris parce que je suis vivante.


16. Le livre que vous aimeriez avoir écrit?
Si la modestie n'avait pas existé, j'aurais aimé écrire la Sainte Bible.


17. Êtes-vous paranoïaque ou complètement zen?
Il m'arrive d'être paranoïaque quand je perds une chose qui ne m'appartient pas, j'implore alors Saint-Antoine de Padoue et non des perdus.


18. Un après-midi rêvé pour vous?
Vivre un après-midi à Nutamehan et regarder les saumons remonter les chutes pour frayer, c'est la vie qui continue.


19. Êtes-vous soleil ou lune?
Je laisse la lune à Tshakapesh, le soleil pour moi, ma grande fille s'appelle Kisos, soleil.


20. Entendez-vous des voix?
Les voix que j'aime entendre sont celles des enfants qui rient, la voix des mots est dans mon silence.


*


Joséphine Bacon est poète. Innue de Pessamit, elle vit à Montréal. Elle a publié le recueil bilingue Bâtons à message / Tshissinuatshitakana (Mémoire d'encrier, 2009). Pour son poème « Dessine-moi l'arbre », tiré de ce recueil, Joséphine Bacon a reçu le Prix des lecteurs du Marché de la Poésie de Montréal en 2010. Plus récemment, elle a fait paraître le recueil Nous sommes tous des sauvages avec José Acquelin (Mémoire d'encrier, 2011). 


Photo : Laure Morali


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