Sport et littérature

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Une ligue de balle molle d'écrivains


Cet été, tous les lundis soir au Parc Laurier, des écrivains se donnent rendez-vous pour une partie de balle molle opposant les Louis Ferdinand Céline Dion aux Martres du Centre-Sud. On en parle avec Michel Nareau, un des membres de la ligue et auteur de l'essai Double jeu : baseball et littératures américaines paru au Quartanier en avril dernier.

Parlez-nous un peu de cette ligue de balle molle d'écrivains.

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Cette ligue a vu le jour sur Facebook, autour de discussions sur le sport, sur la littérature sportive. Daniel Grenier (Malgré tout on rit à Saint-Henri) et Samuel Archibald (Arvida) ont été les premiers à en faire mention, puis l'idée a germé, plutôt comme un « running gag », une occasion de faire des statuts humoristiques, ironiques et baveux sur la toile, que comme une possibilité réelle. Ce n'est qu'au moment où William S. Messier (le baseball et le hockey occupent une bonne place dans son recueil Townships) a pris les choses en main que nous avons eu l'impression que le rêve de « petit gars » et de « petite fille » (parce que la ligue est mixte) qui sommeillait en nous de renouer avec l'esprit de groupe, avec le ludisme d'une partie sans réel enjeu, pouvait se réaliser. La ligue s'est alors construite : des noms d'équipes ont fusé, Les Martres du Centre-Sud, inspirés du roman Épique de Messier, où les carcasses animales s'accumulent le long des routes, et les Louis-Ferdinand Céline-Dion, clin d'œil aux chandails produits par l'écrivain Mathieu Arsenault. Les parties débutent par le tirage au sort des équipes : chacun place son gant au centre des joueurs et l'un d'entre nous sépare les groupes, pour composer pendant quelques heures une histoire de rivalité joyeuse, combat verbal ensuite poursuivi toute la semaine sur Facebook.

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Le niveau de jeu de notre ligue ressemble en plein à ce qu'on peut s'attendre d'écrivains et d'universitaires assis la majeure partie de leur journée : de grandes gueules se narguent, frappent des coups corrects, sans plus, gaffent en défense, mais à l'occasion, un attrapé nous permet de crier au génie. Ici, l'égo de l'écrivain reste sur le banc, bien au chaud avec les bières tiédies et les saucisses à hot-dog. Mais l'ambiance du parc Laurier est excellente. Nous attirons notre lot de spectateurs, surtout depuis que nous distribuons des saucisses aux sans-abris du coin.

Si vous voulez voir ce qu'ont dans le bras les écrivains Nicolas Langelier, Bertrand Gervais, Marc-André Towner, Jonathan Lamy, en plus de ceux mentionnés, c'est la place. Et la moquerie est la bienvenue, surtout envers ceux qui se prennent au sérieux. 


Qu'est-ce qui distingue une équipe de balle molle d'écrivains d'une équipe « normale »?
 
Dans un de leurs « lieux communs », celui qui traitait du baseball, Serge Bouchard et Bernard Arcand rapportaient que dans un match, la balle bouge huit minutes sur trois heures. Autrement dit, au baseball, il ne se passe pas grand-chose. Tout est question d'attente, d'anticipation, puis soudain, paf! la balle est frappée, tout le monde se met à courir, à remplir sa tâche. Un véritable ballet prend forme. Mais pour l'essentiel, rien ne se passe, et c'est ce qui fait le charme de ce sport. Pour les joueurs de la ligue du Retour inespéré des Ruppert Mundys (dont le nom provient d'un roman de Philip Roth, The Great American Novel), cette attente est l'occasion de se tirer la pipe, de discuter, de rire, ce qui est commun à toutes les ligues. La différence, c'est le type d'humour, où les seconds degrés vaseux sont abondants. Aussi, nous avons instauré une règle; sur un jeu serré, c'est le beau jeu qui l'emporte. C'est le triomphe de l'esthétique dans toute sa gratuité. 

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Une part importante de l'activité de la ligue se déroule sur Facebook, grâce au groupe formé. De véritables sagas s'écrivent autour des matchs, des règlements, jonchées de défis, d'insultes cocasses et de blagues. C'est surtout là que se joue la singularité d'une ligue d'écrivains. Tout devient alors propice à montées de lait, de la météo au dernier jeu spectaculaire. C'est cet esprit de complicité, de communauté qui est chéri par les joueurs, isolés par l'écriture, la lecture, l'analyse et qui ont chaque lundi la chance de se trouver un exutoire par le jeu et les bravades. Autrement dit, on finit par ne plus que penser à ce lundi béni où nous attend notre match de balle en bonne compagnie.

Vous vous êtes intéressé aux liens entre sports et littérature dans le cadre de vos travaux d'écriture de recherche. Qu'avez-vous appris au sujet de la représentation du sport dans la littérature?

Mon point de départ consiste à plaider que le sport est d'abord et avant tout un discours. Jouer avec une balle, on fait ça depuis l'enfance. Pour que ça devienne un sport, il faut des règlements, une manière de noter le pointage, il faut que quelqu'un m'apprenne le jeu, que j'en connaisse un peu l'histoire. Et tout ça nécessite le recours à la parole, à l'échange. Aimer un sport, c'est en construire une histoire positive; c'est ce qui explique la valeur du hockey au Québec, avec la légende victorieuse des Canadiens et des athlètes québécois. Pour moi, le sport est un récit, un récit social, partagé. 

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Dans mon essai Double jeu : baseball et littératures américaines, j'ai étudié la représentation du baseball dans des romans du Québec, des États-Unis, de Cuba et de Porto Rico, pour voir si les thèmes, les enjeux, les discours étaient les mêmes d'une langue à l'autre, d'un pays à l'autre. J'y ai découvert qu'il existait des traits communs, dans le traitement de l'espace, de la mémoire et par le partage d'une même référence continentale. Le baseball sert à se donner des balises spatiales, à créer de la continuité et à parler aux autres communautés des Amériques; il est donc un enjeu identitaire, une manière de se définir. Tous les sports, surtout les collectifs, parce qu'ils intègrent une communauté de ferveur, celle des partisans, fonctionnent sur cette identification et cette compensation.


En littérature québécoise, quels auteurs ont écrit sur le sport avec succès?
 
Les Plouffe est un des premiers grands textes à évoquer le sport. Que ce soit les anneaux, le cyclisme ou le baseball, le sport y est un lieu de rassemblement, de joie, de fraternité, de compétition et s'y créent des héros locaux dictant une voie pour la collectivité. Il y a de nombreuses longueurs dans le roman de Roger Lemelin, mais jamais lorsqu'il est question de sport, comme si l'auteur se laissait porter par la fièvre du jeu.

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Dans Les caprices du sport, Renald Bérubé montre comment le hockey, le baseball, la boxe sont des marqueurs mémoriels, comment notre mémoire est construite autour d'événements euphoriques ou dysphoriques, toujours rassembleurs, dans lesquels une part de notre identité s'est élaborée. Les joutes sportives deviennent des bornes, des jalons dans notre vie, et notre passé revient par ces matchs, par ces souvenirs. Le sport permet une archéologie de la mémoire individuelle et collective.


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Marc Robitaille est l'un des romanciers sportifs les plus importants. Il a écrit deux ouvrages, Histoires d'hiver, avec des rues, des écoles et du hockey et Un été sans point ni coup sûr, qui donnent la parole à un enfant pour qu'il décrive comment le sport est l'école de la vie par excellence, avec son apprentissage de la défaite, de la loyauté, de la communauté. Ces romans nostalgiques, qui donnent accès au dynamisme des années 1960 et à leur charme suranné, ont été adaptés au cinéma.

Dans la veine olympique, le meilleur roman québécois est Smiley de Michel Desautels, sur la corruption, le dopage, le racisme liés aux Jeux d'Atlanta.

Parmi les autres romans forts sur le sport, il y en a sur la boxe (L'île de la Merci d'Élise Turcotte, Abandons de Carole David), sur le baseball (Rat Palms de David Homel, Le projet Syracuse de George Desmeules), sur le hockey (La ballade de Nicolas Jones de Patrick Roy), le tennis (Les grandes marées de Jacques Poulin).


Les écrivains de la ligue « Le retour inespéré des Ruppert Mundys » jouent le lundi à 18 h 30 au parc Laurier à Montréal, terrain 2.

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Michel Nareau, l'auteur de Double jeu : baseball et littératures américaines (Le Quartanier, 2012), est professeur adjoint au Département d'études françaises du Collège militaire royal du Canada à Kingston, où il enseigne la littérature québécoise. Il travaille sur le comparatisme interaméricain, la représentation du sport dans la littérature, les transferts culturels et les revues. En 2011, il a dirigé un numéro de la revue Les Cahiers de l'idiotie sur le baseball. Il est aussi critique littéraire depuis 2006 pour Nuit blanche et directeur des Cahiers Victor-Lévy Beaulieu.


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2 Commentaire(s)

Marc-André Huot a écrit:

Publié le 9 août 2012 15h58


Sur une échelle d'auteurs allant de Michèle Richard à Marcel Proust, les Louis-Ferdinand Céline Dion jouent au mieux comme des Marc Lévy.

 

Fabrice Masson-Goulet a écrit:

Publié le 9 août 2012 14h22


Vive les martres!

 

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