Triathlon d'écriture
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Triathlon d'écriture estival : le champion est...
À l'instar des Prix littéraires Radio-Canada, notre triathlon d'écriture mettait en vedette trois genres littéraires : la nouvelle, le récit et la poésie. Pour espérer monter sur le podium, les participants devaient relever 3 épreuves. Notre juge pour ce défi, l'auteur, chroniqueur et comédien Frédéric Savard a tranché. Il a choisi parmi les candidats sportifs de la plume celui qui avait su le mieux mettre à profit ses conseils pour exceller dans le sport extrême qu'est l'écriture. La candidate qui remporte l'or (en l'occurrence un iPod Touch) pour ce défi est Karine Gendron de Québec.
Poésie : Par répit de vitesse
L'humain s'essouffle fige
ce qui indiffère
quand tout s'arrête
dans les feuilles la sève
sème l'air
chanté des grillons
par amour pour la terre
en silence le temps
bourdonnement de souvenirs
calices captatrices de pluie
qu'on boit par répit
de vitesse de sens.
Nouvelle : Les souliers de la morte
Sur la route, deux souliers blanc et bleu rappellent cette morte. Elle croyait voler dans une gloire éphémère et ne sentait plus ses pieds s'enfoncer dans la glaise rouge. Je me souviens. Les siens lui tendaient la main, mais la morte creusait le limon pour se sortir seule. Dans son trou, elle entendait les pas de ceux qui marchaient pour apprendre à voler. Quand elle tendit la main, ils la sortirent, mais seuls ses souliers aux couleurs de la Belle Province résistèrent. En mourant, elle devint Nous. Nous la supportâmes en marchant. Elle vola enfin.
Récit : Il sait depuis toujours
Sur les planches, casque d'aviateur au crâne, il ne s'adresse plus qu'à moi en récitant : « La preuve que le Petit Prince a existé c'est qu'il était ravissant, qu'il riait, et qu'il voulait un mouton. Quand on veut un mouton, c'est la preuve qu'on existe ». Mes sanglots s'ébruitent dans la salle. Devant ceux qui cherchent leur petite vedette sur scène, mon Saint-Exupéry glorieux continue son hommage. Il sait depuis toujours que je l'ai reconnu. Il sait depuis toujours qu'il est mon trophée malgré les larmes. L'enfance en moi pleure de joie d'avoir perdu sa gloire pour sauver la sienne. Épargné, il veut un mouton et il existe. Mon frère sait depuis toujours qu'il est mon mouton et qu'ainsi j'existe. Il sait depuis toujours et il n'a que douze ans.
*
Voici les commentaires à chaud de notre juge Frédéric Savard à propos de cette médaille largement méritée :
« Vous aurez deviné qu'il n'est pas facile de choisir un ou une gagnante parmi tous les textes envoyés. J'ai eu beaucoup de plaisir à me prêter à cet exercice, à lire ce que vous nous avez envoyé. Mais il fallait choisir en gardant en tête l'idée du triathlon d'écriture. Et de tout ce que j'ai lu, ce sont ces trois textes qui m'ont le plus charmé.
Le poème a beaucoup de souffle et on sent un souci non seulement du mot juste mais du mot qui parle, qui chante.
La nouvelle, malgré sa concision, réussit à être très évocatrice et je dirais même percutante. La chute est très très belle.
Le récit est touchant. On a affaire ici à quelqu'un qui sait jouer sur l'émotion sans tomber dans la sensiblerie gratuite. J'aime. »
Merci à tous nos participants et félicitations à Karine Gendron qui remporte le triathlon d'écriture!



Marie-Line a écrit:
Publié le 14 août 2012 21h27
calices captatrices: calice c'est féminin? Ah ben.