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Série « 8e feu » : Présentation de l'éditrice

par Marie Hélène Poitras


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Avec notre série consacrée à la littérature policière, mai fut placé sous le signe du meurtre à la Zone d'écriture. Nous pourrions ajouter que, vers la fin du mois jusqu'en ce début de juin tordu et amoral, il en va de même dans les manchettes.
Beaucoup de fureur, de sang noirci et d'humeur glauque. L'émergence d'un psychopathe 2.0 digne du professeur Hannibal Lecter, d'American Psycho et du Collectionneur de Chrystine Brouillet.

Ouf.

Repue, je referme La chorale du diable, l'excellent polar de Martin Michaud qui vient d'être couronné d'un prix Arthur-Ellis et me tourne vers un univers situé à des lieues de la littérature policière.

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J'entre dans la forêt avec les écrits de Joséphine Bacon, Naomi Fontaine, Samian, Virginia Pésémapéo Bordeleau. Je parcours leurs recueils comme on caresse les nervures d'un tronc de bouleau, puisque « les arbres ont parlé avant les hommes », écrit Joséphine Bacon dans le très vibrant Bâtons à message /Tshissinuatshitakana paru en 2009 chez Mémoire d'encrier, une maison pilotée par Rodney Saint-Éloi qui a beaucoup fait depuis sa fondation en 2003 pour unir les imaginaires du Nord et du Sud. « On peut enfermer les êtres dans des réserves, mais pas l'imaginaire, a-t-il confié à Jean-François Létourneau de la revue Littoral (article à paraître dès l'automne prochain). On peut voler la terre, mais pas les âmes. On a toujours considéré ces gens-là par le biais de la collectivité, mais sans réellement s'intéresser à leur individualité. Joséphine Bacon est une Innue, soit. Mais elle est d'abord et avant tout une femme dotée d'une sensibilité d'écrivaine qui a quelque chose à nous apprendre sur le monde dans lequel nous vivons. »


Naomi.jpgIl s'est passé beaucoup de choses marquantes dans le camp de la littérature amérindienne du Québec ces dernières années : publication des premiers recueils de poésie de Bacon, Naomi Fontaine et Virginia Bordeleau Pésémapéo, arrivée en salle du premier long-métrage autochtone en français (Mesnak), apparition de nouveaux lieux d'édition entièrement consacrés aux lettres amérindiennes (Cornac, Hannenorak) et, en décembre dernier, premier Salon du livre des Premières Nations à Wendake... Rodney Saint-Éloi nous annonce la parution prochaine, en 2013, du premier roman érotique amérindien chez Mémoire d'encrier, un livre chaud signé Virginia Bordeleau... Les écrivaines ont leur mot à dire dans ce corpus enraciné et fascinant, elles sont nombreuses à faire résonner une parole ancestrale. Cette écriture porte les rêves des ancêtres et la parole des modernes. Ces voix et ces plumes disent les cicatrices, les transes et le territoire; elles ont beaucoup à révéler.

À ceux qui voudraient mieux connaître le corpus littéraire amérindien, vous pourrez, en plus des textes de création et recommandations de lecture des auteurs cités ci-haut, lire sous la plume des Maurizio Gatti, Louis-Karl Picard-Sioui et Jean Sioui, de courts textes qui vous permettront de comprendre les enjeux et défis qui attendent les auteurs qui font cette littérature en mouvement. « La parole voyage là où nous sommes », écrit avec une grande justesse Joséphine Bacon dans son recueil bilingue acclamé, qui en peu de mot dit beaucoup.

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Je vous laisse sur une pensée de Chloé Sainte-Marie qui dès demain, ici-même dans la Zone d'écriture, sera invitée à présenter son parolier Philippe McKenzie : « Au départ, il y a quelque chose que nous avons mal compris et mal appris. Cette façon de mépriser l'Autre... Celui qui nous a reçu, nous l'avons réprimé et dépossédé. C'est inspirant, la pensée d'un être libre vis-à-vis de la terre qu'il habite. Les Indiens passent sur le territoire, prennent ce que la nature a à leur offrir, puis s'en vont. Le malheur de l'homme blanc, c'est de croire qu'il possède. (...) «Innu» signifie humain. De cet humain-là on a beaucoup à apprendre. »
Je vous souhaite de belles découvertes dans la Zone d'écriture et, pourquoi pas, un coup de foudre.

Bonne lecture,

Marie Hélène Poitras
Éditrice


crédit photo Chloé Sainte-Marie: Pierre Dury


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