Questionnaire Laferrière
|
|
Tweet |
Questionnaire Laferrière : Edouard H. Bond
1. Si vous étiez la petite Alice, choisiriez-vous de rester dans le monde magique de l'autre côté du miroir ou de revenir dans la réalité pour raconter votre histoire?
Je resterais de l'aut' côté du miroir. La réalité m'effraie. Je voudrais fuir.
2. S'il y avait le feu chez vous quel objet précieux emporteriez-vous?
Chewie, mon chat siamois. Oui, c'est un objet, c'est un objet vivant.
3. De quoi avez-vous encore peur?
J'ai toujours eu peur de l'humain. Et chaque jour qui passe, il ne fait rien pour me rassurer.
4. Souhaiteriez-vous avoir eu une enfance malheureuse si c'est la seule condition pour écrire une œuvre?
Non. Et j'aurais pu être un savant fou.
5. Vous réveillez-vous la nuit pour lire ou pour écrire?
Je ne me réveille pas pour écrire la nuit, j'écris la nuit et je me pass out aux aurores.
6. Ressentez-vous de l'angoisse ou de l'excitation quand vous commencez à écrire?
Excitation, absolument. J'angoisse à la réécriture.
7. L'obscurité vous apaise ou vous fait-elle peur?
L'obscurité m'inspire et décuple mon imagination, tandis que la lumière m'ennuie. Je préfère le mystère à sa révélation.
8. Avez-vous de la réticence à jeter le moindre papier imprimé ou faites-vous le ménage constamment dans vos tiroirs?
J'ai travaillé vingt ans en imprimerie, les papiers imprimés n'ont pas beaucoup de valeur à mes yeux, que de la marchandise, c'est tout. Je n'ai même pas d'exemplaires personnels de mes propres romans. Et ceux des autres, je les offre en cadeau après les avoir lus.
9. Vous voyez-vous en chat ou en chien?
Je me vois comme un pauvre humain. Mais j'aurais aimé naître chat (et ce, même si j'ai publié une histoire intitulée Enfant d'chien où je raconte ma naissance d'une nonne et d'un doberman).
10. L'amour éteint-il la flamme créatrice chez vous ou l'allume-t-il?
Si je ne suis pas aimé, je suis incapable d'écrire.
11. Vous rappelez-vous de vos rêves ou sont-ils trop flous?
Je m'en souviens généralement. Par exemple, hier, j'ai rêvé à l'odeur des mathématiques. Un beau défi pour les charlatans qui prétendent en faire l'analyse, n'est-ce pas?
12. Votre couleur préférée?
Je n'ai pas vraiment de préférence particulière, toute la charte Pantone a son effet sur moi. Ça dépend surtout des circonstances.
13. Votre saison préférée?
Le printemps. Pour la peau qui commence enfin à se dévoiler.
14. Aimez-vous la contrainte?
Pour l'écriture, oui. Dans une certaine mesure. J'aime bien écrire en ayant un thème ou un sujet, ou un cadre imposé. Ça m'allume. Mais attention, ça ne veut pas dire que je suis yes man ou p'tite bitch, la docilité n'est pas pantoute mon fort. Je prends un malin plaisir à détourner le thème ou le sujet, ou le cadre imposé. Pour preuve, mon histoire L'île aux majorettes publiée dans la revue Zinc qui avait pour thème les mondes imaginaires. Je suis un délinquant, et je crois que lorsqu'on fait appel à mes mots, on s'attend à ce genre de débordements.
Sinon, dans la vie de tous les jours, je me fous des contraintes, des lois, des ordres. L'autorité n'a aucune emprise sur moi.
15. Votre but est-il de vivre pour écrire ou d'écrire pour vivre?
Je ne vis pas pour écrire, ça serait une hostie de délivrance de ne pas avoir à écrire. Donc oui, dans une certaine mesure, j'écris pour vivre - et, de toute évidence, je ne parle pas « d'écrire pour vivre » selon l'aspect pécuniaire de la chose. J'écris pour vivre parce qu'il s'agit probablement de la « chose » que je sais faire le mieux. Je ne suis pas un très bon être humain, mais je ne suis pas si pire comme auteur, j'pense.
16. Le livre que vous aimeriez avoir écrit?
La grammaire. Ç'aurait été crissement funky!
17. Êtes-vous paranoïaque ou complètement zen?
Full parano. J'ai constamment l'impression qu'on complote dans mon dos.
18. Un après-midi rêvé pour vous?
De la junk food. De l'alcool. De la drogue. Et un gun chargé. Et on me laisse mourir en paix.
19. Êtes-vous soleil ou lune?
Lune. Pleine. Je suis un méchant loup-garou.
20. Entendez-vous des voix?
Non. Malheureusement.
*
Edouard H. Bond est né en 1975 à Port-Cartier. Il a goûté à la viande humaine pour le compte du magazine Urbania et il reçoit ponctuellement des menaces de mort pour ses textes irrévérencieux. Il est l'auteur d'un programme double horrifique : Prison de poupées (Coups de têtes, 2008) et Maudits! (Coups de tête, 2009). Il vient de publier le roman Les verrats chez VLB Éditeur, une autofiction diabolique.
crédit photo: Mathieu Rivard



Ed. a écrit:
Publié le 14 juin 2012 23h31
Je plaide « coupable », vous avez tout à fait « raison », J.
Je me permettrai donc de répondre « pour de vrai » à la question 16 :
J'aurais aimé avoir écrit mon premier livre, Prison de poupées, tel que je l'avais conçu au départ. J'ai de l'admiration pour certains écrivains, mais aucune « envie » d'avoir écrit leurs mots.
Dans certains « cercles », on m'a traité d'illettré ou carrément d'arriéré mental à cause de ma « langue » écrite. Je répondais « la grammaire » pour qu'on en rigole tous ensemble.
Je souhaite tout de même, J, que mon erreur sémantique ne vous rebutera pas à lire Les verrats.
:)
J. a écrit:
Publié le 7 juin 2012 17h18
La « grammaire » n'est pas un « livre ».