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Du wampum au texto

Où en est la littérature autochtone en 2012?

Mise en contexte, enjeux et défis

par Maurizio Gatti

 

En 2012, ceux qui affirment publiquement qu'une littérature autochtone au Québec n'existe pas sont rares. Ils doivent désormais fournir des arguments convaincants pour le prouver. En effet, depuis le début des années 1970, des auteurs autochtones ont publié des essais historiques et politiques, des récits de vie et des transcriptions de légendes appartenant à la culture orale. Ils voulaient partager leur vision du monde et leur version de l'histoire. Ils ont ensuite exploré progressivement d'autres genres littéraires tels la poésie, le théâtre, le conte, la nouvelle et le roman.


MaurizioGatti.jpgCertains thèmes leur tiennent particulièrement à cœur : identité, métissage, colonisation, coexistence avec les Québécois, relation avec la nature et l'environnement, spiritualité, rapports entre jeunes et aînés, vie en forêt, vie en réserve et vie en ville, pensionnats indiens, problèmes sociaux, amitié et entraide. Ils s'intéressent aussi à des sujets plus variés et universels qui ne se résument pas à l'indianité. Malgré tout, certains traits caractérisent la production des Premières Nations. L'écriture est imprégnée de la culture ancestrale et de la littérature orale où elle s'enracine. Les décors nordiques et l'imaginaire qui s'y rattachent envoûtent le lecteur. Les langues amérindiennes sont omniprésentes même dans les œuvres rédigées en français. L'expérience autochtone de l'urbanité permet de porter un autre regard sur la ville. L'humour et l'ironie sont célébrés dans toutes leurs nuances et leurs gradations. Un engagement résolu alterne souvent avec le plaisir de l'écriture libre et le souci esthétique.

 

Une particularité étonnante de la littérature autochtone du Québec est qu'un nombre si restreint d'écrivains soit capable d'attirer autant l'attention internationale. Au fil des ans, les publications sont devenues de plus en plus nombreuses et accessibles. Elles ont suscité l'intérêt de lecteurs, de professeurs, d'étudiants, d'éditeurs et de journalistes. Certains écrivains commencent à être reconnus officiellement. Ils gagnent des prix et reçoivent des bourses. L'étude de leurs œuvres s'amorce dans des cégeps et des universités au Québec, au Canada et à l'étranger. La littérature autochtone est en train de devenir une normalité et une habitude aussi bien pour les Amérindiens que pour les autres. Les défis sont pourtant nombreux : augmenter la réussite scolaire des Premières Nations, bien maîtriser l'écriture des langues amérindiennes et du français, promouvoir la littérature et la création littéraire en milieu autochtone, créer des institutions littéraires amérindiennes solides et durables, approfondir l'analyse théorique du corpus, devenir un modèle d'originalité qui sera source d'inspiration.

 

Les écrivains et leur public relèvent graduellement ces défis. Les années à venir nous réservent encore de nombreuses surprises.

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Lire d'autres textes de la série :
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Maurizio Gatti est né à Rome, où il a obtenu une maîtrise en langues et littératures étrangères et une maîtrise en langue et littérature tibétaines. Au Québec, il a terminé un doctorat en littérature québécoise et un post-doctorat portant sur la littérature amérindienne. Il a publié Être écrivain amérindien au Québec (Hurtubise, 2006, finaliste pour les prix Gabrielle-Roy et Jean-Éthier-Blais), Mots de neige, de sable et d'océan (CDFM, 2008), Littérature amérindienne du Québec (BQ, 2009) et Littératures autochtones (Mémoire d'encrier, 2010). Il est chercheur associé au CRILCQ, le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises de l'Université Laval, professeur d'italien au Conservatoire de musique de Québec, traducteur et interprète.

 

Photo : Robert Delisle


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1 Commentaire(s)

Johanne Lepage a écrit:

Publié le 15 juin 2012 19h47


Quel magnifique sourire!

 

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