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Chloé Sainte-Marie présente Philippe McKenzie


Dans le cadre de notre série 8e feu, consacrée à la littérature des Premières Nations, la belle ambassadrice de la culture amérindienne Chloé Sainte-Marie, qui chante en langue innue les écrits de Philippe McKenzie, nous parle de sa passion pour la culture amérindienne, révèle d'où ça lui vient et présente son précieux parolier. Petit entretien avec la chanteuse.

Le poète innu Philippe McKenzie est à vos yeux un incontournable de la culture amérindienne, au même titre que Joséphine Bacon. Vous chantez ses textes sur vos disques. Comment avez-vous découvert cet auteur-compositeur-interprète?

Il est le premier à avoir pris sa guitare et chanté ses textes dans sa langue, l'innu. Il l'a fait avec tout le courage que cette prise de parole impliquait, dans un contexte où on les avait dépossédés, lui et son peuple, de leur culture et de leur langue. C'est Gilles Carle que me l'a fait connaître. Il l'avait repéré en 1985, dans un film de Jacques Leduc et de Roger Frappier intitulé Le dernier glacier. Philippe McKenzie y entonnait Ka Papeikupesh (Le solitaire) et ça nous avait chavirés, Gilles et moi. Par la suite, Gilles l'a invité à signer la musique du film La postière (1992), dans lequel j'ai tenu un rôle. Les chansons qu'il écrit en langue innue sont des hymnes; il est un symbole fort pour sa communauté. Philippe McKenzie est pour les Amérindiens le pendant des Bob Dylan, Neil Young, Leonard Cohen. Il était là avant Kashtin; c'est un pionnier. J'ai aussi découvert en l'entendant chanter que l'innu a sa musique... C'est une musique qui me convient, me rejoint.


Il y a une place toute spéciale pour la culture amérindienne dans votre cœur. Pourquoi cette culture résonne-t-elle aussi fort en vous?

Gilles Carle était métis-algonquin. À travers lui, j'ai fait la rencontre de poètes qui m'ont marquée : Philippe McKenzie, Bibitte (Joséphine Bacon), Roméo Saganash... Les Indiens du Québec avaient un grand respect pour Gilles; il a mis en images leur culture dans ses films. Je suis rentrée dans les terres, j'ai mangé la bannique (pain innu), je suis allée jusqu'à la Romaine, nous avons aussi survolé la Rivière-Georges...


Nous connaissons mal la littérature et, plus largement, la culture amérindienne. Que pouvons-nous apprendre et retenir des Amérindiens?

On a tout à apprendre des Amérindiens. Parce qu'au départ, il y a quelque chose que nous avons mal compris et mal appris. Cette façon de mépriser l'Autre... Celui qui nous a reçus, nous l'avons réprimé et dépossédé. Pourtant, nous avons tant à apprendre de lui, ne serait-ce que dans notre lien à l'environnement et à la nature autour de nous. C'est inspirant, la pensée d'un être libre vis-à-vis de la terre qu'il habite. Les Indiens passent sur le territoire, prennent ce que la nature a à leur offrir, puis s'en vont. Le malheur de l'homme blanc, c'est de croire qu'il possède. L'homme blanc a tout faux lorsqu'il croit posséder un arbre, par exemple. Il n'a aucun droit sur l'arbre et de là naît le malheur de l'homme blanc, car il est trop tard maintenant. Quand j'entends les grandes chaînes d'alimentation nous dire qu'elles vendent désormais leurs sacs cinq sous pour protéger l'environnement, ça m'horripile, ça me met hors de moi! « Innu » signifie humain. De cet humain-là, on a beaucoup à apprendre.


Extrait de la chanson Ka Papeikutesht / Le solitaire de Philippe McKenzie, tirée de l'album Je sais que tu sais de Chloé Sainte-Marie (GSI/Sélect, 2009) :

Seul, mon ami se promène
Il cherche où aller
Il veut savoir
Où sont ses amis

Il va se saoûler
Comme il l'a fait hier
Il aimerait changer le monde
Mais son cri est faible
(...)
Il est triste
Trop fatigué de crier

**



crédit photo Chloé Sainte-Marie: Pierre Dury


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