|
|
Tweet |
Géographie du roman policier
Notre écrivain en résidence, Jacques Côté, propose pour son dernier billet une réflexion sur l'espace de prédilection de l'auteur de romans policiers: la ville.
par Jacques Côté

La ville est l'espace de prédilection de l'auteur de romans policiers. C'est là où les acteurs du drame vont jouer leur rôle sur l'échiquier. Le romancier y lâche ses policiers, monstres et justiciers. La ville devient un personnage central. Elle impose ses formes, son réseau routier, ses quartiers chics ou glauques. D'elle naît l'ambiance du roman. Elle fut d'emblée au cœur de l'esthétique du roman noir : je pense à Quand la ville dort, de William Riley Burnett, roman brillamment adapté au cinéma par John Huston. L'ouverture de ce roman est une peinture magnifique de la ville de Chicago. L'atmosphère est tout de suite créée.
Les auteurs ont leur cité de prédilection, Connelly-Los Angeles, Sandford-Minneapolis, Lehane-Boston, Larsson-Stockholm, McBain-New York, Brouillet-Québec. Mais la plupart du temps, la carte postale est laissée de côté. La face cachée des villes s'ouvre aux lecteurs. En ce sens, les auteurs de romans policiers sont les derniers grands peintres réalistes de la littérature.
Il semble que le lecteur soit avide de ces voyages urbains, qu'il y trouve une occasion de voyager littérairement parlant sans courir les risques des personnages. L'écrivain de romans policiers nous montre la violence derrière les belles ou les affreuses façades des villes. Le lieu du crime est là. Il pique la curiosité morbide de chacun.
Les auteurs de romans policiers ne sont pas des agents de promotion touristique et, pourtant, il existe de plus en plus de visites guidées liées à leurs romans. À Québec, depuis quelques années, Marie-Ève Sévigny organise « La promenade des écrivains » et consacre une sortie aux auteurs de romans policiers de la vieille capitale. À Stockholm, le tourisme littéraire est en hausse avec la trilogie de Larsson et des « tours-Millénium » sont organisés.
Certains lecteurs utilisent des cartes ou Google Street pour suivre le parcours des personnages dans la ville. Cela nous ramène une fois de plus à la dimension ludique du roman policier; une zone de jeux multiples. Souvent les lecteurs sont des maniaques de détails toponymiques et géographiques. Il ne faut pas négliger la précision de ces informations, car un lecteur vous rappellera votre négligence.
Depuis plusieurs années, j'ai la chance de mettre Québec sur la « mappe » du roman policier avec ma série Duval/Harel, mais la ville de Québec des années 70 et 80 avec sa faune, sa mode et son urbanisme particuliers. Le premier roman se situait le long d'une autoroute meurtrière à Sainte-Foy, l'autoroute Duplessis. Des dizaines et des dizaines de lecteurs m'ont dit qu'ils pensaient à mon roman avant de passer sous le viaduc du chemin de fer, là où se terre un tireur embusqué. Ils ressentent un certain malaise. Sans doute la peur de mourir.
Lire les autres blogues de Jacques Côté :
Polar et investigation
Mécanique du crime parfait
Plan : en avoir ou pas ?
Les premiers mots du roman
Polar 101
Polar et investigation
Mécanique du crime parfait
Plan : en avoir ou pas ?
Les premiers mots du roman
Polar 101
*
Jacques Côté a publié aux éditions Alire plusieurs romans policiers dont Le Rouge idéal, Le Chemin des brumes et Nébulosité croissante en fin de journée. Il a remporté à trois reprises le prix Arthur-Ellis du meilleur roman policier canadien. Il est également l'auteur de la biographie Wilfrid Derome, expert en homicides (Boréal) pour lequel il a reçu le Grand Prix La Presse de la biographie. Jacques Côté travaille sur une nouvelle série policière, Les Cahiers noirs de l'aliéniste. Deux romans de cette saga historique, Dans le quartier des agités et Le Sang des prairies, ont été publiés. Le troisième tome, Le mausolée du docteur Death, paraîtra à l'hiver 2013.




Commentez cet article
Note: En nous soumettant vos commentaires, vous reconnaissez que Radio-Canada a le droit de les reproduire et de les diffuser, en tout ou en partie et de quelque manière que ce soit. Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s'ils respectent la nétiquette.