Prix de la nouvelle
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Rencontre avec Elsa Pépin, lectrice
En attendant de découvrir qui sont les 10 finalistes encore en lice pour le Prix de la nouvelle Radio-Canada, entrez dans les coulisses de la compétition. Pleins feux sur ceux et celles qui ont lu toutes ces nouvelles à la recherche de la perle rare. Aujourd'hui, notre dernière lectrice : Elsa Pépin.
1. Parlez-nous un peu de vous... Où vivez-vous ? Qu'écrivez-vous ?
Je vis à Montréal, ma ville natale, mais je suis aussi née au pays des livres. J'ai habité très jeune chez Boris Vian, Romain Gary, Victor Hugo, Dostoïevski, Tolstoï, et un peu dans les mots que j'écris. Ils sont venus vers l'adolescence dans un grand désordre que j'essaie d'ordonner depuis, sans tuer le chaos créateur. Mes histoires traitent souvent de filiation, de familles unies et désunies, réelles ou métaphoriques. Quelques unes de mes nouvelles ont été publiées dans des revues, mais je travaille actuellement d'arrache-pied à un roman sur la maladie et la métamorphose autour d'une relation entre deux sœurs. Tiens donc !
2. Que faites-vous dans la vie ?
La littérature m'a emmené vers le journalisme, d'abord à la radio, comme recherchiste, chroniqueuse et reporteur à Radio-Canada, puis comme critique littéraire à l'écrit. Depuis l'été 2011, je suis chef de la section des Arts de la scène au journal Voir et chroniqueuse de théâtre à l'émission Voir. J'ai aussi toujours un pied dans les lettres. L'an dernier, j'ai codirigé un recueil de nouvelles sur L'Amour et libertinage par des trentenaires d'aujourd'hui (Éditions 400 coups), qui m'a initiée à l'édition.
3. De quoi êtes-vous la plus fière dans votre carrière littéraire ?
La persévérance, qui n'exclut pas le doute. J'ai souvent dû retrousser mes manches pour continuer à croire. Écrire reste pour moi un combat de tous les jours.
Le livre que j'ai dirigé avec Claudia Larochelle (Amour et libertinage par les trentenaires d'aujourd'hui) est un projet né d'une petite idée qui a bien germée, grâce à la mise en commun d'imaginaires et de discours inspirés. Une belle aventure qui m'a redonné foi aux projets collectifs.
4. Qu'est-ce qui vous a attirée dans le fait d'être lectrice pour le Prix de la nouvelle Radio-Canada ?
Lire ces centaines de nouvelles écrites aujourd'hui permet de découvrir des univers très diversifiés, mais aussi de prendre le pouls de l'écriture aujourd'hui, d'entrer au cœur d'un grand laboratoire de création. C'est très nourrissant.
5. Qu'est-ce que vous aimez particulièrement dans la nouvelle (par rapport au roman par exemple) ?
La nouvelle est pour moi une sorte de miniature qui révèle en peu de mots l'univers des écrivains. L'art de la nouvelle est l'art de la délicatesse et de la précision. Ça demande une écoute attentive aux menus détails de l'existence, de l'émotion, pour saisir un instant révélateur qui ouvre vers plus grand.
6. Où/dans quelles conditions avez-vous lu toutes les nouvelles que vous avez reçues ?
J'ai lu chez moi, m'isolant souvent durant de longues heures sans interruption, immergée dans ce bain d'univers qui me faisait voguer dans toutes les directions. Un voyage assez tumultueux, je dois dire, pour entrer dans des dizaines d'univers différents.
7. Vous avez lu des centaines de nouvelles. Que cherchiez-vous ? Qu'est-ce qui fait qu'un texte se démarque et se retrouve dans votre pile de « OUI » ?
La langue, la voix singulière et les images. Quand je commence à lire une nouvelle, tout de suite, j'essaie d'entendre une voix, comme une musique, avec laquelle je peux respirer. Je crois qu'un bon texte est avant tout une partition qui a trouvé son rythme, sa cadence, pour nous emmener avec lui dans une expérience unique, une nouvelle lecture du monde, une interprétation de la réalité singulière. Ensuite, je suis accrochée par les images. Il faut voir ce qu'on nous raconte, que les scènes viennent se présenter à nous. Quand j'entends la musique et que je vois les images, je dis « oui ».
8. Y-a-t-il un texte qui vous a particulièrement marqué(e) ? Pourquoi ?
Artillerie fine (petite musique métallique), pour son étrangeté et sa poésie minimaliste. L'auteur (e) raconte en quatre petits tableaux impressionnistes une scène de la vie de quatre femmes à quatre âges : enfant, jeune femme, mère et vieille, avec des motifs subtils qui réapparaissent comme des images-phares qui réunissent ces femmes à travers le temps. Le contraste entre la douceur et la violence est extrêmement troublant. L'économie de mots, la simplicité de la langue et les images saisissantes de vérité font de ce texte mystérieux un poème triste et beau à la fois sur l'implacable « musique métallique », qui peut être interprétée de diverses façons : le cycle de la vie, la mécanique du temps, la transmission de la violence. Un petit bijou original, raffiné et qui laisse la place à l'imaginaire du lecteur.
9. Après avoir lu tous ces textes, avez-vous des conseils, une liste de À FAIRE/À ÉVITER pour les auteurs de nouvelles ?
Je conseille aux auteurs de nouvelles de chercher une image, une scène ou une situation éloquente et de composer leur nouvelle autour d'elle et d'éviter les histoires trop ambitieuses ou alambiquées qui résument des vies entières ou cherchent en trois pages à dire ce qui prendrait un roman à raconter. Il ne faut pas résumer, mais trouver la, ou les scènes qui concentrent l'essence d'une histoire, en captent la nature. Il faut éviter les concepts trop abstraits qui flirtent avec l'exercice de style. Ça peut vite alourdir le texte. La bonne vieille formule de : « Il était une fois » n'est pas une règle absolue, mais elle continue d'être efficace. Généralement, en répondant à la question, on nomme la ligne directrice de l'histoire et ça évite trop de digressions ou d'éparpiller le propos.
10. Qu'avez-vous le plus aimé de cette expérience ?
Entrer dans une nouvelle est découvrir le talent d'un écrivain, et de me dire que je vais peut-être pouvoir contribuer à son dévoilement.
Journaliste, critique et auteure, Elsa Pépin est chef de la section Arts de la scène du journal Voir et chroniqueuse à l'émission Voir. Elle a été recherchiste pour des émissions littéraires à Radio-Canada de 2004 à 2011, en plus de signer des chroniques et des reportages. Elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues et dirigé en 2011 le collectif Amour et Libertinage par des tentenaires d'aujourd'hui aux éditions Les 400 coups.



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